Suisse – Regard d’expert : installer son cabinet médical

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Installer son cabinet médical en Suisse ne s’improvise pas.
Pour vous aider à bien préparer l’ouverture de votre cabinet et le démarrage de votre activité, voici les conseils de Bastien AEBY, agent fiduciaire avec brevet fédéral au sein de 2 b PARTNERS SA à Genève.

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Ouvrir un cabinet médical nécessite généralement une préparation de plusieurs mois, émaillée de tâches diverses :

  • Recherche de locaux
  • Travaux éventuels
  • Commande et installation du matériel du cabinet
  • Projections financières
  • Choix de la forme juridique
  • Demande d’autorisation d’exercer
  • Préparation de la future comptabilité
  • Choix du mode de fonctionnement du secrétariat médical

Comment aborder sereinement cette période clé pour le jeune médecin ?

Voici 5 questions à Bastien AEBY, agent fiduciaire avec brevet fédéral à Genève (1208), spécialiste de l’accompagnement des médecins et professionnels de santé suisses.  

 

1) Vous recevez régulièrement des médecins projetant d’ouvrir leur cabinet en pratique privée. Quels sont les premiers conseils que vous leur adressez généralement?

Bastien AEBY : « En général, j’évoque très rapidement deux aspects qui me paraissent fondamentaux pour le projet dans sa globalité :

1. Anticiper et prendre le temps de bien préparer l’installation :

Une ouverture de cabinet médical, en soi, c’est beaucoup d’énergie. Mieux vaut s’être bien préparé en amont et ne pas faire les choses au dernier moment.

En Suisse, les jeunes médecins sont formés à l’hôpital public. Ils connaissent souvent peu les implications d’une installation en pratique privée, ou alors, ils les sous-estiment.

Il est important de prendre du temps notamment pour rencontrer les partenaires financiers, comptables et bien formaliser le business plan correspondant.

Cette question de l’anticipation est d’autant plus importante que, dans le contexte international actuel, les délais s’allongent par exemple dans la fourniture de matériel médical.

Souvent, les délais de livraisons annoncés ne sont pas respectés. Il est essentiel de prendre des marges dans son calendrier pour ne pas avoir ensuite à payer un loyer pour un cabinet qui ne peut pas encore fonctionner…

Sur le plan légal, je recommande également de bien penser à anticiper sa demande d’autorisation d’exercer auprès des autorités cantonales.

La régulation du nombre d’installation de médecin a été remise à l’ordre du jour en 2022.

2. Bien s’entourer :

Je recommande aux jeunes médecins de se faire accompagner de professionnels qui ont l’expérience dans le domaine précis de l’installation d’un cabinet médical.

Que ce soit pour les prestataires de matériel médical, mais aussi pour tout le reste : expert-comptable, architecte en cas de travaux, prestataire de télésecrétariat, assureurs, etc.

Je peux citer par exemple la mésaventure d’un jeune médecin qui, pour les travaux de son futur cabinet, s’était tourné vers un architecte non spécialisé dans le médical.

Cela s’est très mal passé. Les propositions de l’architecte ne correspondaient pas aux besoins spécifiques des cabinets médicaux.

Il a dû changer d’architecte au milieu de ses travaux, la fin de contrat a été difficile et cela lui a généré quelques milliers de francs de coûts supplémentaires.

Il est donc préférable de privilégier le choix de ses partenaires par recommandation de la part des confrères ou d’autres prestataires du secteur.

Par exemple, MEDES, spécialiste dans les services aux médecins, notamment en télésecrétariat, peut certainement aider à identifier certains partenaires.

Dans tous les cas, il est important d’aller discuter avec les confrères déjà installés. Ils sont passés par là, échanger avec eux est instructif et peut permettre d’éviter de nombreux écueils.

L’échange avec les pairs de la même spécialité médicale permet d’avoir des repères plus précis. Le secteur médical est vaste et s’installer en tant qu’ophtalmologue est très différent d’une installation comme psychiatre par exemple.

Ce n’est pas le même niveau d’investissement en matériel par exemple. »

En savoir plus sur les services
de Télésecrétariat médical MEDES

 

2) Dans quelle mesure la reprise d’un cabinet existant peut-elle être une bonne idée ?

Bastien AEBY : « Reprendre un cabinet existant peut être une très bonne idée. Le coût de rachat d’un cabinet médical en Suisse n’est plus aussi élevé que par le passé.

Cela s’explique notamment par le fait que la nouvelle génération de médecins est très différente de celle qui part à la retraite. Les jeunes médecins recherchent davantage un équilibre vie professionnelle – vie privée, ce qui n’était pas forcément dans les priorités de leurs ainés.

Ils ne sont plus prêts aujourd’hui à faire 60h ou 70h par semaine ou plus. D’autant que la profession s’est massivement féminisée : de nombreuses jeunes femmes médecins ont des enfants et besoin de temps qui leur soit dédié.

« Les médecins qui partent à la retraite ont vu que cela ne servait à rien de demander un prix de revente de leur cabinet trop élevé, sinon ils ne trouvent personne… Il y a donc de belles opportunités aujourd’hui. »

Parmi les avantages de la reprise d’un cabinet médical existant, on peut citer :

  • Un démarrage plus rapide puisque la patientèle existe déjà.
  • Un niveau d’activité assuré dès le démarrage : ceci est rassurant d’un point de vue financier, le chiffre d’affaires est déjà là.
  • Une éventuelle notoriété : s’inscrire dans la continuité d’un médecin de bonne réputation est toujours positif pour un jeune médecin qui se lance.
  • La possibilité dans certains cas de repenser les lieux et de s’installer à plusieurs : il est fréquent que les cabinets à reprendre soient de grande taille, alors même qu’un seul médecin y exerçait.
    Avec quelques travaux, il est souvent possible d’imaginer un cabinet d’au moins deux médecins, ou avec un autre service de santé. Cela peut être une bonne configuration pour un cabinet de groupe par exemple. »

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3) Quels conseils donnez-vous en matière de financement du début d’activité ? Recommandez-vous, par exemple, aux jeunes médecins qui s’installent de sortir leur 2e pilier ?

Bastien AEBY : « C’est une question récurrente, et que l’on me pose souvent. La loi suisse permet effectivement de sortir exceptionnellement son 2e pilier et d’utiliser cette cotisation retraite pour le démarrage d’une activité en tant qu’indépendant.

Mais personnellement, je le déconseille aux jeunes médecins qui veulent ouvrir leur cabinet car le domaine médical est l’un des seuls que les banques financent très aisément dès le démarrage.

Mieux vaut donc, en général, conserver son 2e pilier pour la retraite et faire appel à un financement bancaire.

Toutefois, il faut regarder le coût de l’emprunt, et notamment le ratio entre le montant emprunté et le montant du 2e pilier. C’est typiquement un travail qu’il est utile de faire avec un expert fiduciaire. »

 

4) Sur le plan juridique et fiscal, quelle forme juridique choisir pour l’ouverture d’un cabinet médical en Suisse ? Et comment appréhender la future fiscalité ?

Bastien AEBY : « Tout dépend du projet. Il n’y a pas de forme juridique idéale en soi.

« C’est la forme juridique qui s’adapte au projet et non l’inverse. »

Pour faire le bon choix de forme juridique pour un cabinet médical, il faut pouvoir répondre aux principales questions concernant l’installation :

  • Avec qui ?
  • Où ?
  • Comment ? Avec quel matériel ?
  • Pourquoi ?
  • Pour quel montant de travaux ?

C’est de nouveau un sujet qu’il est utile de discuter avec un expert fiscaliste ou fiduciaire à qui vous présenterez précisément votre situation.

En la matière, je recommande de ne pas demander conseil ou vouloir imiter les confrères. Chaque situation de médecin est, par définition, unique.

Chaque médecin travaille différemment selon :

  • son propre volume horaire
  • sa spécialité
  • son niveau de charges
  • sa situation personnelle, par définition, unique

Les principales formes juridiques pour un cabinet médical suisse sont :

  • La raison individuelle : le médecin a un statut d’indépendant.
  • La SÀRL ou SA : plusieurs médecins s’associent et créent une société, ils sont alors salariés de la structure.
  • La société simple : plusieurs médecins se réunissent mais chacun reste indépendant.

Chaque forme juridique a ses avantages et ses inconvénients. Le choix se fait après analyse précise de la situation.

La fiscalité découle de la forme juridique. On peut distinguer deux grands cas de figure :

  • Soit le médecin est indépendant : il est alors assujetti à l’impôt sur le revenu donc plus il gagne, plus il paye d’impôt. Pour optimiser sa situation, on travaille alors plutôt sur sa prévoyance (2ème et 3ème pilier).
  • Soit le médecin est en SA ou SÀRL : le médecin est alors salarié de sa propre structure. La structure estassujettie à la fiscalité sur les sociétés, à 13,9% (Genève). Dans ce cas, on définit en amont le salaire du médecin, cela optimise déjà bien les revenus et la prévoyance. »

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5) Au niveau de la comptabilité du cabinet médical, que faut-il avoir en tête pour bien démarrer ?

Bastien AEBY : «   Il est très important de tenir une comptabilité quand on s’installe. Une bonne organisation administrative dans la comptabilité permet ensuite au comptable d’être plus efficace et donc moins cher.

Côté pratique, je conseille de bien classer les documents, de constituer des classeurs. Par exemple prendre douze séparations pour les douze mois de l’année avec les relevés bancaires, les factures, etc.

Ceci aide beaucoup la Fiduciaire ensuite.

Il est recommandé aussi de bien séparer compte bancaire professionnel et compte bancaire privé.

Enfin, j’évoquerais une « fausse bonne idée » que je vois de temps en temps : le médecin qui veut faire lui-même sa comptabilité, souvent pour faire quelques économies.

En général, tout est à reprendre par la suite, cela coûte au final plus cher… Et venir voir le comptable n’est pas une dépense superflue vu le rôle de conseil, l’expérience, etc.

Il est donc préférable de faire appel à un professionnel dès le démarrage. »

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